
Les peurs de l’enfant : le noir, les monstres, les bruits
Le noir, les monstres sous le lit, l’aspirateur, les gros chiens, l’eau qui coule dans la bonde : les peurs de l’enfant peuvent sembler irrationnelles, et pourtant elles sont bien réelles pour lui. Loin d’être un problème, ces peurs sont une étape normale et même utile du développement. Notre façon d’y répondre aide l’enfant à devenir, peu à peu, courageux.
Des peurs normales et évolutives
Les peurs changent avec l’âge : le bébé sursaute aux bruits forts, le tout-petit craint la séparation, l’enfant de 3-5 ans développe des peurs imaginaires (monstres, noir) à mesure que son imagination grandit. Cette imagination naissante, merveilleuse, a un revers : elle peuple aussi le monde de dangers inventés. C’est le signe d’un esprit qui se développe, pas d’une fragilité.
Ne jamais moquer ni nier
La pire réponse à une peur, c’est de la moquer (« tu n’es pas un bébé ! ») ou de la nier (« il n’y a rien, arrête »). L’enfant se sent alors incompris et seul avec sa peur, qui grandit. Accueillons plutôt : « Je vois que tu as peur. Je suis là. » Reconnaître la peur ne la renforce pas ; au contraire, cela la rend supportable. C’est le même principe que pour toutes les émotions.
Ne pas amplifier non plus
À l’inverse, évitons d’entrer nous-mêmes dans la peur ou de la sur-dramatiser. Inutile de vérifier vingt fois sous le lit avec des mines inquiètes : cela confirme à l’enfant que le danger est réel. Restons rassurants et tranquilles : notre calme lui dit que le monde est sûr. L’enfant s’appuie sur notre sérénité pour dompter sa peur.
Donner des outils
On peut aider concrètement l’enfant à apprivoiser ses peurs :
- Une veilleuse douce pour la peur du noir.
- Un « doudou gardien » qui veille sur lui la nuit.
- Un rituel du coucher rassurant et immuable.
- Nommer et « ranger » la peur : dessiner le monstre, puis le mettre dans une boîte.
- Apprivoiser progressivement ce qui fait peur (le chien, de loin d’abord).
Attention aux images
Beaucoup de peurs sont nourries ou amplifiées par des images : dessins animés effrayants, histoires trop sombres, actualités entendues. Le jeune enfant ne fait pas toujours la part du réel et de l’imaginaire. Protégeons-le des images qui dépassent son âge — une raison de plus de veiller au contenu des écrans et de privilégier des histoires adaptées.
La peur, chemin vers le courage
Une peur accueillie et accompagnée devient une occasion de grandir. En traversant ses peurs avec notre soutien, l’enfant apprend qu’il peut les affronter et les surmonter. C’est ainsi que se construit le courage : non pas en n’ayant jamais peur, mais en apprenant à avancer malgré la peur, rassuré par une présence aimante.
Quand la peur envahit
La plupart des peurs enfantines s’estompent avec le temps et l’accompagnement. Mais si une peur devient envahissante, empêche l’enfant de dormir, de jouer ou de vivre normalement pendant longtemps, il ne faut pas hésiter à en parler à un professionnel. Dans l’immense majorité des cas, cependant, la recette est simple : accueillir sans nier, rassurer sans amplifier, et faire confiance au temps. Peu à peu, les monstres s’en vont, et le courage grandit.



